sábado, dezembro 03, 2005

Polémique autour des célébrations du bicentenaire de la bataille d'Austerlitz

Le Monde, 2/12/05

e président français, Jacques Chirac, et son gouvernement ont été accusés dans leurs propres rangs et par des historiens de refuser d'assumer le passé du pays, en "boycottant" les cérémonies marquant, vendredi 2 décembre, le bicentenaire de la victoire de Napoléon à Austerlitz.

Alors que des milliers d'admirateurs de Napoléon se retrouvaient en République tchèque pour revivre sur place la bataille d'Austerlitz, considérée comme la plus grande victoire militaire de l'empereur, la France célébrait l'événement dans la discrétion et la polémique.

Plusieurs associations de la France d'Outre-mer ont rappelé que Napoléon restait un personnage historique très controversé, notamment pour avoir rétabli en 1802 l'esclavage aboli par la révolution.
"J'ASSUME TOUTE L'HISTOIRE DE NOTRE PAYS"

La seule cérémonie officielle organisée en France a eu lieu vendredi soir place Vendôme à Paris. Mais ni le chef de l'Etat ni le premier ministre n'y ont assisté. Jacques Chirac était absent pour cause de sommet France-Afrique à Bamako et Dominique de Villepin a fait savoir qu'il n'a "jamais été question d'ajouter cette cérémonie à son agenda". L'absence du premier ministre a été d'autant plus remarquée qu'il ne cache pas son admiration pour Napoléon, auquel il a consacré, en 2001, un ouvrage intitulé "Les cent jours ou l'esprit du sacrifice". "J'assume toute l'Histoire de notre pays", a tenu à assurer, M. Villepin, vendredi, lors d'une visite à Amiens (Nord), tout en soulignant qu'"il y a plusieurs Napoléon". Quant au ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, elle a participé à une cérémonie, mais en République tchèque.

La cérémonie a mobilisé un bataillon de l'Ecole de Saint-Cyr et des drapeaux et étendards des régiments de l'armée de Terre ayant participé à la bataille en 1805. Etaient notamment présents des régiments d'infanterie, de cuirassiers, de hussards et de chasseurs, rangés au pied de la colonne Vendôme, que Napoléon fit ériger en faisant fondre les canons ennemis pris à Austerlitz.

A l'invitation du chef d'état-major de l'Armée de terre Bernard Thorette, de la Saint-Cyrienne et du Comité Vendôme, cette manifestation accueillait des représentants de toute l'Union européenne, de la Russie et des Etats-Unis, avait indiqué plus tôt un communiqué du service de communication de l'Armée de terre. La cérémonie militaire a été suivie d'un spectacle son et lumière, avec la projection d'un film reconstituant la bataille sur la façade du ministère de la justice.
PRESSIONS DU "POLITIQUEMENT CORRECT"

Les critiques les plus virulentes sont venus de membres de la majorité parlementaire, qui ont accusé le gouvernement de céder aux pressions du "politiquement correct" à un moment où le passé colonial de la France reste un sujet de vives polémiques.

Le député Jean-Jacques Guillet, membre du parti de droite UMP au pouvoir, a exprimé son mécontentement en soulignant le "contraste" avec la commémoration, en juin, de la bataille navale de Trafalgar par le gouvernement britannique "à laquelle la France a envoyé le porte-avions Charles de Gaulle, fleuron de sa flotte".

Un autre député UMP, Jacques Myard, a jugé "inadmissible que le gouvernement français ait décidé de faire profil bas" sur cette commémoration, tandis que son collègue Lionnel Luca fustigeait "la tendance bien moderne de la repentance à tout prix".

Ces critiques ont reçu un appui de poids, par la voix d'Emmanuel Le Roy Ladurie, un des historiens les plus respectés de France. Dans une tribune publiée par le quotidien Le Figaro sous le titre "Napoléon boycotté, l'Histoire amputée", il accuse le gouvernement d'avoir cédé à la "pression venue d'outre-mer". "Cela peut aller très loin : devra-t-on, à l'avenir, interdire tout anniversaire concernant les actions des rois de France, de Louis XIII à Louis-Philippe, pour la seule raison qu'ils furent eux aussi complices de l'esclavage ?", interroge-t-il.

A l'inverse, plusieurs associations d'outre-mer ont appelé à manifester samedi à Paris "contre le révisionnisme historique". Selon elles, "sous prétexte de ce bicentenaire, la promotion de Napoléon a dépassé les limites du supportable". Leur appel a coïncidé avec la publication d'un virulent essai qui a reçu un large écho en France et dont l'auteur, Claude Ribbe, compare Napoléon à Hitler pour avoir "exterminé" des populations entières sur des critères raciaux, en particulier dans les Antilles.